Université Cible: Référendum, Simple Sondage, ou …?

Ces trois derniers jours, un « référendum » sur l’approbation des statuts de l’université cible s’est tenu à l’école. Celui-ci s’est marqué par une participation importante (en ligne), et représente, à ce titre, un succès pour une certaine idée de la démocratie directe, et peut être une première tentative à ce sujet dans l’école.

J’apprécie cette initiative du comité ayant organisé ce vote, et j’espère voir plus de démocratie dans l’organisation du CA de l’ENS de Lyon, qui n’est actuellement pas démocratique, puisque seul la moitié des personnes y siégant sont élues.

Cependant, plusieurs problèmes émaillent, à mon avis, l’honnêteté de ce « référendum »:

  • Ce référendum a été organisé par des gens contre l’approbation des statuts de l’université cible. La communication a notamment été organisée par des membres de Idexit, et, à ce titre,
    sa publicité a été principalement le fait de personnes contre, à destination de sympathisants. Ainsi, un certain biais est déjà introduit dans les personnes amenées à voter, au niveau de
    la représentativité de l’ensemble des votants.

  • Une orientation des votes a été effectuée par ces mêmes personnes organisatrices (par exemple en tractant à l’entrée du restaurant universitaire Descartes) alors même que le vote avait lieu. Ainsi, avec une campagne pour le « non » effectuée presque jusque dans l’isoloir (pour une certaine définition d’isoloir), un second biais est introduit.

  • Il n’était pas possible de voter blanc. Seulement « Oui », ou « Non », ce qui veut dire qu’un choix était forcé pour les votants n’ayant pas forcément une idée claire de la question.

  • 10 590 personnes étaient appelées à voter, d’après le site web officiel, correspondant aux 10 590 possédant des adresses emails dans la base de données de l’école (LDAP). Ainsi, un ou une normalienne élève ayant quitté l’école il y a trois ans pouvait participer à ce référendum, mais par exemple pas une ou un étudiant ayant quitté l’école il y a deux ans, puisque son mail a été supprimé de la base de données (le mail est conservé à cause de l’engagement décénnal, d’ailleurs, faites vous un mail chez ens-lyon.org).

  • Le collège électoral n’a pas été vérifié: ainsi, toute personne pouvait s’inscrire dans le collège électoral de son choix, et y voter, sans vraiment de vérification.

  • Les résultats ont été présenté en pourcentages du corps électoral. Ainsi, 31.3% du collège BIATSS aurait participé, 74.2% du collège EC/C, et 43.8% du collège des étudiantes et étudiants. En ramenant ces pourcentages au nombre total de votantes et votant, cela représenterait 46.61% du corps électoral ! Cependant, c’est faux: les 10 590 personnes amenées à voter représentent 313% du corps électoral: inutile donc de se féliciter d’une participation plus haute que lors d’un vote pour la représentation de tel ou tel corps au CA de l’ENS de Lyon, puisque trois fois plus de personnes ont été appelées à voter…

  • Les conclusions sont erronées: non, 95.5% des étudiantes et étudiants de l’ENS de Lyon ne sont pas contre: 95.5% des personnes ayant votées, qui ne sont pas forcément étudiantes et étudiants à l’ENS de Lyon, et qui ne sont pas nécessairement à l’ENS de Lyon non plus (puisque des personnes ayant quitté l’école il y a des années peuvent encore voter), sont contres. La distinction ne serait peut être pas si importante si le taux de participation était élevé. Il ne l’est pas: le taux de participation est de 14.87% : 1 575 personnes ont effectivement voté, sur les 10 590 appelées à voter.

Pour toutes ces raisons, à cause de l’ensemble des biais successifs introduits dans l’organisation de cette consultation, je pense qu’on peut dire qu’elle n’a pas été un référendum.

Elle n’est pas non plus un sondage: les organismes de sondage prennent soin d’avoir un échantillonage représentatif de la population qu’ils sondent.

Je ne sais donc pas vraiment ce qu’on peut conclure des résultats de cette consultation, qui n’est ni un référendum honnête, ni un sondage.

Je le regrette.

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